Extrait de « A BIENTÔT, MANOLO »

 

Fidélité sans égale ! Entre deux missions, Éléonore saluait les collègues d'un temps révolu, elle cultivait avec joie ses ex-relations devenues amicales. Ce dernier emploi n'échappait pas à cette coutume. Son contrat terminé, Éléonore visita son ancienne société. Des occasions de consulter sa conseillère, si disposée et disponible ! L'instinct d'Iris, déchiffrant des bribes de destin, jugulait les angoisses qu’Éléonore éprouvait, surtout concernant son devenir affectif, question prioritaire !

Ce jour-là, Iris était occupée dans le local du photocopieur, quand Éléonore vint la chercher pour déjeuner. Anita, qui avait récupéré son poste avec joie, attira la visiteuse dans son bureau. Éléonore et elle parleraient sans être dérangées.

— Iris nous inquiète, murmura Anita.

De suite, Éléonore s'alarma, les performances de son amie déclinaient-elles ? Allait-on rompre cet important contrat, la renvoyer ?

— Pourquoi ? Que se passe-t-il ? demanda-t-elle.

— Hier, elle est venue les joues tuméfiées, reprit Anita. Et elle boitillait.

Éléonore l'implora du regard pour en apprendre davantage.

L’arrivée de Brigitte devança la réponse d’Anita.

— Elle nous a dit être tombée du lit ! dit la directrice. On n'en croit rien, bien sûr ! Ce n'était pas une première. Dernièrement, elle arbora un superbe “coquard” auprès de son nez amoché.

— Et vous pensez que… ? dit Éléonore, devinant la suite.

Malgré ses nets progrès et les valeurs acquises, Iris déconcertait par son comportement. Surtout l'après-midi… Son excitation ne reposait sur aucune logique. Au milieu d'une phrase, Iris glissait un rire bref et stupide. Son caractère enjoué n'était pas seul responsable de cette diversion ! Si cette attitude l'avait interpellée en travaillant avec Iris, Éléonore l'avait oubliée en quittant la société. Les collègues certifièrent leurs craintes : Iris n’était pas affranchie de la boisson, remplaçant le rouge des pavés, par la bière qu’elle affectionnait, de façon démesurée. Les repas ensemble en étalaient la preuve. Malgré cela, lucide, leur camarade ne roulait jamais sous le bureau et son travail n’en souffrait pas… Difficile de formuler des reproches sans fondement…

Éléonore partagea l'avis d'Anita et Brigitte. La  boisson, un refuge… D'une joie de vivre feinte, Iris ruinait sa santé. En évidente douceur…

Quelques auréoles “irisées” sur ses avant-bras parfois, auraient dû alerter… Iris, sans doute femme battue, donnait le change, d'une vie quasi-normale. Chaque jour, à 18 heures pile, elle sortait du bureau à la hâte, prétextant des soucis de transport ou avoir « une tonne de choses à faire » en rentrant. Lien de cause à effet, son compagnon, Franck, travaillait tôt le matin et finissait de bonne heure ! Les refus de leur collègue pour un rendez-vous en soirée ou le week-end n'avaient éveillé aucune suspicion. En fait, Iris craignait de contrarier son concubin, sa soumission aimable anticipait des retours de bâton possibles.

Comment venir en aide à Iris, discrètement ? Relever les réactions extravagantes, sans activer un danger potentiel ? La sauvegarde d'un être ne s'enclenche que par son seul désir… Un déclic personnel, la volonté de s'en sortir… Iris contestait les sous-entendus, inopérants… Farouche, elle niait, se persuadant de suivre sa meilleure voie… de survie…

Une situation délicate, sous le sceau de la confidence… Personne n'osait aborder le sujet ouvertement…

 

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